Séparer les jumeaux à l’école primaire : une bonne ou une mauvaise idée?

Au primaire, est-il préférable pour leur adaptation sociale et scolaire de placer les jumeaux dans une même classe ou de les séparer?


Source | Groupe de recherche et d'intervention sur les adaptations sociales de l'enfance (GRISE)


Être parent de jumeaux peut susciter une bonne dose de questionnements et d’inquiétudes! Les jumeaux devraient-ils avoir les mêmes amis? Comment favoriser le développement de leur propre identité? Comment limiter la compétition entre eux? Malgré ces questions fréquentes pour les parents de jumeaux, il existe encore très peu d’appuis scientifiques pour les aider dans leur prise de décision. Une récente étude permettrait toutefois de répondre à la question suivante : Au niveau primaire, est-il préférable pour leur adaptation sociale et scolaire de placer les jumeaux dans une même classe ou de les séparer?

Pour ou contre la séparation des jumeaux à l’école?

Plusieurs raisons pourraient amener les parents à vouloir séparer leurs jumeaux à l’école. À tort ou à raison, nous avons tendance à croire que la séparation en classe pourrait favoriser l’identité individuelle des jumeaux et permettre aux camarades de classe d’apprendre à les connaître en tant qu’individus plutôt qu’en tant que paire. La séparation à l’école pourrait aussi permettre de réduire la compétition et les conflits potentiels entre jumeaux, surtout si l’un des deux jumeaux manifeste des difficultés sur le plan scolaire.

À l’inverse, les arguments pour scolariser les jumeaux dans la même classe primaire sont tout aussi pertinents. Il est possible de croire que la séparation à la première année d’école primaire pourrait accroitre le risque pour les jumeaux de ressentir une anxiété due à cette « première » séparation avec le co-jumeau. Certains jumeaux peuvent aussi réagir négativement à une séparation forcée, en manifestant des comportements de retrait ou de colère. Finalement, placer les jumeaux dans des classes séparées pourrait distraire inutilement les jumeaux (par ex., le jumeau se demande ce que son co-jumeau fait durant les heures de classe) et ainsi, diminuer leur rendement et leur motivation à l’école.

Mais est-ce que les jumeaux sont réellement mieux séparés ou ensemble à l’école?

Selon une récente étude effectuée auprès de 439 paires de jumeaux québécois identiques et non identiques, les jumeaux qui partagent une même classe à l’école primaire ont, en moyenne, un niveau légèrement moins élevé de comportements sociaux négatifs (par ex., retrait social, agressivité physique) vers la fin de l’école primaire, comparativement à ceux qui sont séparés à l’école.

En répertoriant l’information relative au placement des jumeaux dans une même classe ou dans des classes séparées à chacune des années de l’école primaire, les résultats de cette étude ont permis de montrer qu’à l’âge de 6 et 10 ans, les jumeaux qui partagent une même classe sont un peu moins retirés des interactions sociales que ceux qui sont séparés à l’école. Ils ont aussi un niveau d’agressivité physique et d’inattention légèrement moins élevé à l’âge de 12 ans que ceux qui sont dans des classes séparées.

Ces résultats sont également observés pour le rendement et la motivation scolaire. À l’âge de 12 ans, ceux qui partagent une même classe ont un rendement scolaire et un niveau de motivation légèrement plus élevé que les jumeaux qui sont séparés à l’école.

Il faut toutefois préciser que les effets du placement des jumeaux dans une même classe sur les comportements sociaux, le rendement et la motivation scolaire sont très faibles, et se manifestent principalement vers la fin de l’école primaire, une période de transition vers l’adolescence où la proximité physique du co-jumeau peut sembler plus importante.

Quoi faire si mes jumeaux sont séparés à l’école?

Rassurez-vous! Malgré ces quelques constats associés au fait de partager une même classe, les résultats de cette étude suggèrent que les différences liées au fait de partager ou non une même classe sont si petites qu’elles sont pratiquement négligeables. L’étude montre également que les jumeaux qui sont séparés à l’école ne s’en trouvent pas plus anxieux, cela ne change en rien la qualité de la relation avec le co-jumeau, ou encore, leur niveau de prosocialité.

Au final, tout comme pour le rendement scolaire, la majorité des comportements sociaux mesurés dans cette étude à 6, 7, 9 et 10 ans ne sont pas associés au placement des jumeaux dans une même classe ou dans des classes séparées.

Conclusion : une décision éclairée

Dans l’ensemble, le placement des jumeaux dans une même classe ou dans une classe séparée n’affecte que très peu la vie des jumeaux sur le plan social, émotionnel ou scolaire.

Pour les directions scolaires, ces résultats suggèrent qu’il est préférable d’adopter une politique flexible, en faveur de la décision et des besoins individuels des parents et des jumeaux.

Pour les parents, il est plutôt suggéré d’être à l’écoute des besoins et des désirs de vos jumeaux. Et pourquoi ne pas demander à vos jumeaux ce qu’ils préfèrent? Après tout, il s’agit bien de leurs années d’école primaire!

 

Auteure :
Gabrielle Garon-Carrier, professeure au département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke et membre chercheure régulière du Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance (GRISE) de l’Université de Sherbrooke


Quelques ressources à l’intention des parents de jumeaux :


Références

White, E. K.*, Garon-Carrier, G.*, Tosto, M.G., Malykh, S.B., Li, X., Kiddle, B., Riglin, L., Byrne, B., Dionne, G., Brendgen, M., Vitaro, F., Tremblay, R.E., Boivin, M., & Kovas, Y. (2018). Twin classroom dilemma: to study together or separately? Developmental Psychology, 54, 1244-1254. doi:10.1037/dev0000519. *Joint first author

Garon-Carrier, G., Bégin, V., Brendgen, M., Vitaro, F., Ouellet-Morin, I., Dionne, G., & Boivin, M. (soumis). Classroom placement and twins’ social behaviors across the elementary school years.

Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance (GRISE) de l’Université de Sherbrooke

  https://grise.ca/

Mission :

Produire des connaissances utiles au continuum d’interventions offertes pendant les périodes développementales de l’enfance, de l’adolescence et de la transition à l’âge adulte, dans un environnement de recherche et de formation propice à la synergie, l’innovation et l’épanouissement de partenariats avec les milieux de pratique.

Objet d'étude :

L’adaptation psychosociale de jeunes qui, en lien avec des caractéristiques personnelles, des caractéristiques de leur milieu de vie ou l’exposition à des événements de vie stressants, ont développé des difficultés adaptatives, ou sont à risque élevé d’en développer, ou, encore, n’ont pas développé de difficultés d’adaptation, défiant ainsi les probabilités.