Les stéréotypes de genre ont-ils une emprise sur la réussite scolaire de nos enfants?

« Les sciences, c’est pour les garçons alors que l’art et le français, c’est pour les filles ».


Source | Groupe de recherche et d'intervention sur les adaptations sociales de l'enfance (GRISE)


« Les sciences, c’est pour les garçons alors que l’art et le français, c’est pour les filles ». Vous trouvez cette affirmation quelque peu stéréotypée? Pourtant, la croyance semble bien ancrée chez nos enfants qui ont tendance à penser que certaines matières à l’école s’adressent plus aux filles, alors que d’autres, plus aux garçons¹. Une croyance qui n’est pas sans conséquence : elle aurait même un effet sur leurs performances!

Une équipe de chercheurs et de chercheuses a donné à deux classes le même exercice qui consistait à reproduire un ensemble de formes. Toutefois, à la première classe, on a dit aux enfants que l’exercice était du dessin et à l’autre, qu’ils allaient faire de la géométrie. Dans la première classe, les filles ont eu de meilleurs résultats et à l’inverse, dans la deuxième classe, les garçons ont mieux réussi².

La croyance d’être bon(-ne) ou mauvais(e) dans une matière a un effet direct sur les performances

Les stéréotypes influencent aussi la motivation et l’orientation professionnelle. Les enfants vont accorder plus de valeur aux apprentissages dans lesquels ils se sentent compétents et dans lesquels ils considèrent qu’il est important de réussir. Cela va influencer leurs choix professionnels.

*Le schéma suivant reprend un stéréotype partagé dans les sociétés occidentales, mais ne reflète pas une réelle différence de compétences; les études montrent que les filles et les garçons ont les mêmes capacités en mathématiques.

schema_stereotype

Comment les enfants sont-ils exposés aux stéréotypes concernant les apprentissages?

Au cours des dernières années, la présence de stéréotypes dans l’environnement des enfants s’est atténuée. Cependant, des représentations stéréotypées persistent! Celles-ci sont véhiculées de différentes manières :

  • Dans les magasins de jouets, les rayons destinés aux garçons proposent des jeux de scientifiques et d’aventure, alors que les rayons destinés aux filles offrent des jouets se rapportant souvent au soin des autres, à leur apparence et à leur foyer.
  • La littérature pour enfants, la télévision et parfois certains manuels scolaires présentent encore des personnages stéréotypés auxquels les enfants s’identifient.
  • Dans l’entourage direct, les enfants peuvent entendre des messages qui indiquent que les filles et les garçons sont différents. Par exemple, « les garçons ont vraiment besoin de bouger », « les filles sont plus sages », ce qui renforce leurs représentations.

Les stéréotypes peuvent-ils être positifs?

Les stéréotypes peuvent avoir un effet positif qu’on appelle parfois « effet levier », qui renforce le sentiment de compétence. Par exemple, le stéréotype que les garçons sont meilleurs en mathématiques peut avoir un effet positif sur leurs performances et leur engagement dans cette matière. En revanche, l’effet levier peut agir au détriment d’un autre groupe, ici les filles. Il existe beaucoup d’autres moyens plus égalitaires pour motiver et valoriser les enfants dans leurs apprentissages! (http://www.parentestrie.com/comprendre-la-motivation/)

 

Comment limiter l’effet négatif des stéréotypes sur les apprentissages chez mon enfant?

Valorisez l’ensemble de son potentiel : Bien que tous les enfants soient confrontés à des obstacles (à des niveaux variés) dans leurs apprentissages, ils expliquent leurs difficultés différemment selon les informations à leur disposition. Par exemple, une fille qui ne comprend pas sa leçon de mathématiques pourrait penser « je ne suis pas faite pour cela » si elle endosse des représentations stéréotypées à l’effet que les garçons sont meilleurs en mathématiques. Et si on misait davantage sur les capacités des enfants à surmonter leurs défis? De cette manière, leurs difficultés ne seront pas des fatalités, mais des épreuves qu’ils vont surpasser.

Il est important de reconnaître que chacune et chacun de nous a des représentations stéréotypées. Notre cerveau nous joue des tours et nous amène à raisonner avec des stéréotypes : cela ne fait pas de nous des personnes mal intentionnées! Pour déconstruire nos stéréotypes, on peut se demander lorsqu’on interagit avec nos enfants : « Aurais-je attendu la même chose d’une fille (ou d’un garçon) »?

 

Auteure :

Éléonore Chavignon, étudiante au doctorat, Université de Sherbrooke

 

Co-auteures :

Mélanie Lapalme, Ph.D, professeure titulaire, Université de Sherbrooke
Katherine Pascuzzo, Ph.D, professeure adjointe, Université de Sherbrooke

 

Références :

¹ Plante, I., Théorêt, M. et Favreau, O. E. (2010). Les stéréotypes de genre en mathématiques et en langues : recension critique en regard de la réussite scolaire. Revue des sciences de l’éducation, 36(2), 389-419.

² Huguet, P. et Régner, I. (2007). Stereotype threat among schoolgirls in quasi-ordinary classroom circumstances. Journal of Educational Psychology, 99(3), 545–560.

Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance (GRISE) de l’Université de Sherbrooke

  https://grise.ca/
   @GRISE

Mission :

Produire des connaissances utiles au continuum d’interventions offertes pendant les périodes développementales de l’enfance, de l’adolescence et de la transition à l’âge adulte, dans un environnement de recherche et de formation propice à la synergie, l’innovation et l’épanouissement de partenariats avec les milieux de pratique.

Objet d'étude :

L’adaptation psychosociale de jeunes qui, en lien avec des caractéristiques personnelles, des caractéristiques de leur milieu de vie ou l’exposition à des événements de vie stressants, ont développé des difficultés adaptatives, ou sont à risque élevé d’en développer, ou, encore, n’ont pas développé de difficultés d’adaptation, défiant ainsi les probabilités.